A l’occasion du prochain événement Apple le 9 septembre prochain, nous allons à la rencontre de la communauté française travaillant sur les applications et contenus Apple Vision Pro. Alors que la marque à la pomme a lancé son premier casque à un prix onéreux mais avec une vraie proposition premium côté technique, retour sur les intérêts et anticipations autour des prochaines évolutions de l’AVP vus de l’Hexagone. Premier échange avec Tom Krikorian, développeur XR passionné par l’Apple Vision Pro et membre du nouveau collectif STUDIO•84 se consacrant pleinement à cette plateforme.
Ils développent aussi pour l’Apple Vision Pro : TARGO, Immersive Flashback (à venir).
Développeur XR, du DK1 à l’Apple Vision
Tom Krikorian – Je suis entré en école d’ingénieur au moment où l’Oculus DK1 est arrivé, et ma passion pour l’informatique a rencontré une envie d’explorer de nouveaux horizons, de nouveaux challenges. C’est donc comme cela que j’ai décidé de faire un Master en réalité virtuelle à l’EFREI de Villejuif. J’ai pris la vague de la VR dès le départ, dans une industrie naissante où nous étions peu à maîtriser ces nouvelles techniques. J’ai eu l’occasion de travailler pour plusieurs start-ups, avec beaucoup de projets sous HoloLens – des expériences gamifiées pour RealCast par exemple (INSURRECTION 1944 pour le Musée de la Libération Leclerc Moulin à Paris), des projets d’architecture pour ARFORIA, de la collaboration à distance…

T. K. – J’ai ensuite rejoint Opuscope, pour développer des outils no-code de création XR à destination de l’ensemble des casques. A l’époque, nous avons pivoté sur une proposition plus axée réseau social en réalité augmentée (durant le buzz du metaverse), mais sans finalement rencontrer notre public. La société a fermé fin 2023, me laissant ouvert à de nouveaux défis. Et c’est au même moment qu’Apple a annoncé l’Apple Vision Pro. Je me suis inscrit à un des premiers ateliers pour les développeurs à Londres, ce qui m’a permis de découvrir le casque très tôt.
T. K. – J’ai tout de suite été convaincu par le casque, d’un point de vue interface et expérience utilisateur. C’est un critère fondamental pour moi, et cela reste le meilleur OS du marché actuellement. Le casque est loin d’être parfait, bien entendu, mais la proposition était assez forte dès le départ pour en imaginer la place sur le marché à venir. Dès le printemps 2024, j’ai acheté mon premier casque aux US avant même la disponibilité en France, pour développer les premières applications.
L’Apple Vision Pro : une proposition imparfaite mais pleine de promesses
T. K. – L’AVP, c’est une évolution plutôt qu’une révolution. Clairement, la marque a bien étudié de ce qui existait à l’époque pour proposer quelque chose de plus accessible et intuitif. Notamment sur le système d’exploitation, c’est la première fois que j’avais quelque chose de vraiment agréable et imaginé pour l’usage utilisateur, avec un excellent tracking de mains, des yeux… Meta l’avait tenté avec son Quest Pro, sans aller jusqu’au bout. L’AVP permet sur ce critère de faire découvrir le potentiel de la XR à un nouveau public, dans un secteur encore de niche au niveau mondial.

T. K. – On ne peut que regretter le manque de confort, la répartition du poids inégale, ou le prix, qui sont autant de choses que nous espérons voir corriger rapidement. A ce niveau-là, les derniers casques MR comme le HoloLens 2 étaient mieux conçus – ou même le Quest. C’est un retour en arrière qui montre une maturité en devenir. Néanmoins, Apple est bien positionné pour avancer avec de prochains modèles qui devraient corriger les points techniques. Sans être un leader du marché face au Meta, il peut prendre des parts de marché évidentes.
T. K. – Si on envisage un deuxième modèle plus léger et moins cher rapidement, ce serait un signal fort de confiance de la marque dans la XR. L’AVP est une première génération qui leur permet d’étudier leur place, l’impact et l’usage d’un tel casque. Ils sont sans doute autour de 600 000 casques. Ça n’est pas un marché pour Apple : c’est une première phase de test. Leur marketing très familial au départ, avec beaucoup de divertissement, très dystopique, n’était pas forcément le plus habile quand on voit la cible première du casque : le monde professionnel, les développeurs, les passionnés de la marque. Et on attend aussi de voir comment Apple se positionne sur les lunettes augmentées – comme ses concurrents.
Une plateforme encore limitée dans ses contenus
T. K. – Côté contenus, l’usage principal est de pouvoir regarder des films 3D – comme mon propre cinéma à la maison côté qualité. Je n’y vois pas un usage gaming récurrent, ou me fait rester. On fait rapidement le tour des applications existantes ; tout reste à faire. Par contre, c’est un vrai outil de productivité pour tout développeur. D’ailleurs, les autres constructeurs ont pris le chemin de ce type d’usage aussi ! Il faut encore plus de contenus, peut être côté sport ou activité ludique, pour que l’Apple Vision Pro trouve de nouveaux utilisateurs au quotidien. Avec ces critères, la XR reste de toute façon une pratique de niche, réservée aux passionnés ou à quelques professionnels quand cela fait sens, mais n’a de toute façon pas vocation à se démocratiser en dehors des pratiques out-of-home (type LBVR, salons professionnels…). L’avenir qui dérive de ces casques, ce sont les lunettes connectées qui vont hériter sans doute des applications que nous développons aujourd’hui pour les casques.
T. K. – Mes clients sont intrigués, et veulent tester le casque pour ses capacités visuelles et immersives. Pour ses premières propositions, il faut croire à cette promesse d’information spatiale telle qu’Apple la vend. Je rencontre des décideurs qui sont encore dubitatifs côté réalité virtuelle, mais vont changer d’avis en essayant l’Apple Vision Pro. Je développe des applications de grande qualité, pour un usage purement B2B. J’ai récemment pu travailler pour la SNCF, sur une modélisation 3D du prochain TGV (sortie en 2026), que nous avons présentée à Viva Tech en juin dernier. C’est un outil marketing évidemment, mais aussi une vraie proposition d’innovation – ici, pour mettre en avant le savoir-faire français. Nous travaillons pour la proposer sur le store en ligne. J’ai aussi travaillé pour BforBank pour imaginer le futur de la banque avec une expérience dédiée.

T. K. – Le projet SNCF a réuni naturellement plusieurs développeurs et créateurs déjà passionnés par le Apple Vision Pro, car la communauté française est encore assez réduite. J’ai collaboré avec Tina Nigro, Immersive Flashback notamment pour concevoir l’ensemble de l’application. Ça s’est tellement bien passé que nous avons décidé de nous réunir en collectif, le STUDIO•84, pour démarcher de nouveaux clients ensemble. Nous réunissons toutes les compétences et expertises pour produire des applications et contenus AVP de manière compétitive.
Quelques prédictions pour le 9 septembre…
T. K. – Pour l’avenir, les gros sujets sont : le prix, le poids, le confort. J’espère qu’Apple puisse apporter des réponses dès la prochaine version, même si en réalité ça n’est pas simple de tout revoir en moins de 2 ans. Le casque ne devrait pas connaître de grande révolution, mais sans doute adopter de nouveaux matériaux pour s’alléger, un nouveau strap, une nouvelle puce (M5) pour l’OS… Soyons réalistes : pour exister, le casque doit se démocratiser. Mais nous n’aurons a priori pas de modèle vraiment grand public avant 2027. Sur une troisième génération qui devrait corriger les vrais défauts d’aujourd’hui.
T. K. – Dans le même temps, Apple devrait rejoindre le sujet des lunettes connectées – sans doute dans le même délai. On peut déjà voir des formats d’applications qui peuvent être multi-support, avec une application hébergée sur l’iPhone qui pourrait être utilisée ailleurs..


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