“Notre priorité est de relier l’expérience proposée avec le public des lieux culturels” – Arnaud Desjardins (Femme Fatale Studio)

De la création web aux expériences immersives, Femme Fatale Studio est un collectif d’artistes et développeurs français qui s’est construit autour d’une passion commune pour les images et le numérique. Focus sur ce jeune studio créatif avec son co-fondateur Arnaud Desjardins, à l’occasion de la sortie cette année de DREAM BUILDERS (THE CENOTAPH OF NEWTON), distribué par Diversion cinema.

Femme Fatale, une expérience née du web

Arnaud Desjardins – Femme Fatale a été initialement créé autour de projets purement web, plus comme un groupe d’artistes et de talents freelance désireux de s’entre-aider. Depuis, nous nous sommes orientés vers les expériences XR plus élaborées, notamment par une collaboration avec le collectif d’entreprises Artisans d’idées (lien), et plus spécifiquement la société de production mardi8 à Marseille, qui nous a permis de travailler pour des projets autour des musées ou institutions. Par exemple, nous avons élaboré l’ensemble des dispositifs interactifs présents dans le Musée National de Norvège (Nasjonalmuseet à Oslo), ainsi que pour un musée en construction au Moyen Orient – ou d’autres projets en marque blanche pour d’autres agences.

A. D. – Le studio est dans une dynamique de production XR pour le secteur culturel et patrimonial. C’est l’ADN de Femme Fatale lorsque nous l’avons créé. J’ai personnellement travaillé sur la création de visites virtuelles en 360° de lieux patrimoniaux, comme la Grotte de Lascaux, le Palais Royal à Paris, un village romain ou encore le célèbre Fort Boyard. Des expériences réalisées à l’époque en Flash ! Ces expériences passées nous ont permises d’avoir une connaissance accrue des univers des musées et des institutions, spécialement avec cette approche d’innovation et du numérique.

LA JOCONDE @ Bourse du Commerce (Marseille)

A. D. – Notre approche est celle de la médiation avant tout. Quand on discute avec un commissaire d’exposition, un programmateur, il faut à la fois comprendre sa démarche, la valoriser à travers nos contenus, la scénariser pour un public. L’intérêt des nouveaux supports numériques, c’est d’entrer dans la matière et offrir un nouveau regard, une nouvelle lecture. C’est notamment le cas pour l’exposition autour de la Joconde proposée à la Bourse de Commerce de Marseille en ce moment. C’est un projet coproduit par le Musée du Louvre et la RMN-GP (Grand Palais Immersif), et supervisé par les équipes d’Artisans d’Idées (qui sont co-exploitants).

A. D. – A côté de nos propres projets, nous sommes aussi prestataires pour des expositions ou des sociétés de production audiovisuelles (pour de l’habillage, motion design…). Notre ambition aujourd’hui est de proposer nos propres contenus, pour défendre des projets qui nous tiennent à cœur. Les deux activités s’équilibrent parfaitement. A côté de nous, il y a plusieurs studios créatifs qui excellent dans notre secteur. On peut penser à Emissive, qui avait déjà proposé une expérience VR autour de la Joconde, mais aussi Éternelle Notre-Dame plus récemment. On voit l’arrivée d’événements grand public qui accélèrent l’adoption de la XR et des démarches d’exploration du patrimoine, et c’est très positif pour tout le monde.

LA JOCONDE @ Bourse du Commerce (Marseille)
JUPITER (Variation autour de l’exposition LA JOCONDE à Marseille)

2022 : BATISSEURS DE RÊVES en réalité virtuelle

A. D. – Cette année nous avons finalisé notre première expérience VR, BÂTISSEURS DE RÊVES (DREAM BUILDERS), présentée en avant-première à Milan en avril. C’est le pilote d’une série plus ambitieuse, qui a pour objectif d’être présentée dans des musées concernés par la thématique de l’architecture. Ce projet propose de mettre en scène des lieux ou bâtiments jamais construits, et les représenter en réalité virtuelle. Des utopies architecturales, en somme ! Le premier épisode s’intéresse au CÉNOTAPHE DE NEWTON, dessiné par Etienne-Louis Boullée en 1784, original par sa forme et son gigantisme. C’est un des premiers monuments imaginés en hommage à un scientifique.

BÂTISSEURS DE RÊVES (DREAM BUILDERS)

A. D. – La VR permet une capacité d’émerveillement pour ce type de sujet. En l’occurrence, une maquette du Cénotaphe existe, mais minuscule. Le monument en lui-même est un pur geste d’architecture qui n’avait pas vocation à exister. Nous permettons au spectateur de le visiter en réalité virtuelle, comme s’il était réel ! On utilise la VR pour transporter notre public, et transformer l’environnement. On peut voler, entrer dans un trou noir… C’est un voyage sensible, individuel, qui va au-delà d’une simple visite. On réfléchit aux possibilités d’une vraie utopie rêvée, à un imaginaire, à une rencontre avec des artistes.

A. D. – BÂTISSEURS DE RÊVES a une ambition artistique et philosophique. Ce n’est pas un cours d’architecture. De toute façon, les bâtiments n’ont jamais existé ! On peut donc se permettre quelques libertés, ne pas respecter au millimètre les lieux imaginés. On regarde le patrimoine immatériel collectif, et on l’explore en remettant notre capacité de médiation, de créativité, de poésie au cœur du projet. Et c’est ce qui peut intéresser les institutions culturelles : réinventer notre approche sur de tels sujets.

BÂTISSEURS DE RÊVES (DREAM BUILDERS)
BÂTISSEURS DE RÊVES – Episode 2 : Spatial City (à venir)

La suite avec LITTLE NEMO ?

A. D. – LITTLE NEMO, c’est un projet 100% imaginé pour les plateformes. Nous souhaitons nous orienter cette fois-ci vers la fiction et le grand public, avec une portée internationale. Il y a un enjeu de R&D en interne, mais aussi – comme tout le monde – de chercher des solutions de distribution pérenne. Il faut fabriquer en pensant à la diffusion, ce qui est déjà un modèle dans l’audiovisuel ou dans le jeu vidéo. C’est aussi une œuvre qui me touche particulièrement, l’un de mes livres de chevet plus jeune.

LITTLE NEMO

A. D. – Récemment, nous avons eu la chance de participer à la résidence Martell à Cognac (créée par la Fondation d’Entreprise Martell et le Pôle Magelis à Angoulême), qui nous a permis de finaliser l’écriture du projet et démarrer la phase de développement. On a rarement le temps de se poser, au plus simple, pour écrire sur ce type de projet. L’ADN de Femme fatale, c’est avant tout de créer et de fabriquer des univers. Nous sommes des faiseurs. Ces quelques semaines en compagnie notamment de notre mentor, Gilles Alvarez de la Biennale Némo, m’ont permis de prendre le temps nécessaire pour écrire, et affiner mes intentions de réalisation ainsi que le découpage du récit. En espérant bientôt prototyper la première phase du projet, et continuer à explorer l’histoire sans urgence.

LITTLE NEMO

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