Dans les industries culturelles et créatives, on évoque régulièrement les artistes, les producteurs, les lieux de diffusion, les festivals ou encore les dispositifs de financement. Plus rarement les médias qui accompagnent ces écosystèmes. Pourtant, sans eux, difficile de documenter les œuvres, de partager les pratiques, de nourrir les débats ou simplement de rendre visible une filière encore en construction.
Cette question est au cœur de la démarche d’HACNUMedia. Né au sein du réseau HACNUM en 2022, le média ne s’est jamais pensé comme un simple relais d’information. Il revendique une autre ambition : “participer à la structuration de la création numérique en proposant des analyses, des décryptages et des espaces de réflexion” . Une approche qui interroge plus largement la place des médias spécialisés dans les politiques culturelles.
Cover: Les Rencontres Constellations de Metz 2026, animées par Céline Berthoumieux & Adrien Cornelissen pour HACNUMedia

HACNUMedia : construire un débat
À l’origine d’HACNUMedia, il y a une volonté d’éditorialiser les ressources produites par le réseau. L’idée s’est imposée progressivement : produire des études, organiser des rencontres ou accompagner des professionnels ne suffisait pas si ces contenus ne trouvaient pas un prolongement éditorial capable de les mettre en perspective.
Cette distinction est essentielle. Là où la communication accompagne une organisation, le journalisme questionne, relie les expériences, confronte les points de vue et nourrit un débat public. Pour l’équipe d’HACNUMedia, le média constitue ainsi un espace où les enjeux de la création numérique peuvent être discutés bien au-delà de leur seule actualité.
Cette philosophie se retrouve dans sa ligne éditoriale. Là où certains médias privilégient la couverture quotidienne des œuvres ou des événements, HACNUMedia s’intéresse avant tout aux mutations de fond : “l’évolution des pratiques artistiques, les transformations technologiques, les questions de financement ou encore les conséquences des nouveaux usages numériques sur la création font partie des angles d’analyse du média”. L’objectif n’est pas de courir après l’actualité, mais d’apporter des clés de compréhension durables – exemple avec les dossiers d’expertise, publiés chaque semaine.

Un média qui participe à la structuration d’une filière
Au fil des années, le média est devenu un espace où les membres du réseau peuvent confronter leurs analyses, partager leurs expériences et construire des positions communes avant qu’elles ne soient rendues publiques. Les rencontres professionnelles organisées sous sa bannière changent elles aussi de nature : elles ne relèvent plus seulement de la vie interne d’un réseau, mais prennent la forme de véritables rendez-vous éditoriaux ouverts aux professionnels du secteur.
Cette logique produit plusieurs effets. Elle offre d’abord davantage de visibilité aux artistes, aux producteurs ou aux lieux qui composent l’écosystème de la création numérique. Elle favorise ensuite une forme d’acculturation “entre des métiers qui se croisent sans toujours bien se connaître : créateurs, chercheurs, collectivités, institutions, programmateurs ou entreprises” commente Adrien Cornelissen. Enfin, elle permet d’aborder collectivement des sujets parfois complexes en leur donnant un cadre éditorial propice à la discussion.
Le média devient alors un outil de mise en relation autant qu’un espace de publication.
Une place encore largement absente des politiques culturelles
Cette conversation met également en lumière un paradoxe.
Alors que la structuration de la création numérique mobilise aujourd’hui de nombreux acteurs publics, les médias spécialisés restent rarement identifiés comme des maillons essentiels de cette chaîne de valeur. Les dispositifs de soutien accompagnent les œuvres, les festivals, les lieux ou les réseaux professionnels, mais beaucoup plus rarement les structures chargées de documenter et d’analyser leurs évolutions.

Pour Adrien Cornelissen “une filière ne se construit pas uniquement grâce aux financements qu’elle reçoit. Elle se construit aussi par les récits qu’elle produit sur elle-même, par la mémoire qu’elle constitue et par la capacité de ses acteurs à partager leurs expériences.”
Cette question dépasse d’ailleurs largement le seul cas de la création immersive. En France, les espaces consacrés aux arts numériques dans la presse culturelle demeurent limités. Les médias spécialisés occupent ainsi une place singulière, avec des modèles économiques souvent fragiles mais une expertise devenue indispensable pour comprendre les transformations du secteur.
Une écologie des médias plutôt qu’une concurrence
Il faut sans doute réenvisager la manière de percevoir les autres médias spécialisés.
À aucun moment il n’est question de concurrence frontale. Au contraire, l’idée qui domine est celle d’une complémentarité. Certains privilégient le suivi quotidien des œuvres et des festivals, d’autres développent des bases documentaires, d’autres encore produisent des analyses de fond ou travaillent davantage avec les chercheurs et les institutions.

Cette diversité apparaît moins comme une fragmentation que comme la construction progressive d’une véritable écologie éditoriale. Chaque média occupe une place particulière, répond à des besoins différents et contribue, à sa manière, à mieux comprendre un secteur encore jeune.
Dans cette perspective, la question n’est plus seulement de savoir comment assurer la viabilité économique des médias spécialisés. Elle consiste aussi à reconnaître leur rôle dans la structuration même de la création numérique. En produisant des analyses, en documentant les œuvres, en reliant les acteurs et en alimentant les débats, ces médias participent pleinement à la construction d’une culture commune.
À mesure que la filière gagne en maturité, leur fonction dépasse donc largement celle de simples observateurs. Ils deviennent eux aussi des acteurs de son développement.
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